Au Musée d’Art Moderne de Paris, The Histories s’impose comme l’un des temps forts de la saison. Pour sa première grande exposition en France, Kerry James Marshall réunit près de 70 œuvres, dont huit peintures inédites, dans un parcours d’une rare puissance. Des toiles monumentales, une virtuosité picturale éblouissante et une ambition forte : réécrire l’histoire de l’art en plaçant les personnes noires au cœur du tableau.
Le premier choc est celui du noir. Profond, dense, presque absolu, il donne aux figures de Marshall une présence magnétique. Loin de les engloutir dans l’ombre, il les sculpte et les illumine. Sous son pinceau, le noir n’est plus une absence, mais une affirmation.


Au fil des salles, les références à la Renaissance, à la peinture française du XIXe siècle et aux grandes compositions académiques se multiplient. Marshall en maîtrise les codes avec une virtuosité remarquable, non pour les imiter, mais pour se les approprier et en redistribuer les rôles. Il ne tourne pas le dos à la tradition : il en transforme le récit.
L’exposition surprend aussi par sa douceur. Promenades au parc, scènes de jeu, moments d’intimité : Marshall refuse de réduire ses personnages à la souffrance ou au combat. Il leur accorde le loisir, l’élégance et la beauté ordinaire des jours, longtemps réservés à d’autres dans la grande peinture. Un choix esthétique qui devient, lui aussi, profondément politique.
Avec The Histories, au pluriel, l’artiste rappelle qu’il n’existe pas un récit unique de l’histoire de l’art, mais des mémoires encore trop souvent invisibles. Plus qu’une réparation du passé, il propose une autre manière de regarder la peinture et ceux qu’elle choisit de représenter. Une exposition magistrale, dont on ressort avec le regard transformé.
