La Balade d'Amelie

Eva Jospin : Grottesco, une forêt imaginaire au Grand Palais

L'exposition Grottesco d'Eva Jospin, présentée au Grand Palais jusqu'au 15 mars 2026, invite les visiteurs à une déambulation immersive au sein d'un univers où la nature et l'architecture fusionnent. Le titre même de l'exposition fait référence à la découverte historique des grottes de la Domus Aurea à Rome, dont les décors ensevelis ont donné naissance au style grotesque. Pour investir la galerie courbe du bâtiment, l'artiste a conçu un parcours qui joue sur les échelles et les perspectives, transformant l'espace en une forêt pétrifiée et une archéologie imaginaire.

Le carton, matériau de prédilection d'Eva Jospin, y est travaillé avec une précision d'orfèvre. L'artiste aime marier la rudesse des outils industriels, comme la scie sauteuse utilisée pour découper les strates de carton, à la minutie de la pince à épiler pour planter de fines herbes en kraft. Cette physicalité du travail permet de créer des œuvres monumentales, telles que le Duomo, une micro-architecture de plus de sept mètres de haut, qui frappe d'abord par son volume avant de révéler une infinité de reliefs et d'accidents de surface et de détails.
La déambulation est ponctuée de folies architecturales, de nymphées et de grottes maniéristes qui évoquent les jardins du XVIIIe siècle. On traverse des habitations troglodytes et des ruines pour finalement déboucher sur une forêt immense et impénétrable de quatre mètres de haut qui clôture la narration. L'artiste a délibérément choisi de laisser les fenêtres du Grand Palais découvertes, intégrant le paysage parisien au voyage mental proposé par ses installations.

Une étape majeure de son travail est également mise en avant : l'usage de la broderie. Ces tableaux brodés, réalisés en collaboration avec des ateliers spécialisés, permettent à Eva Jospin de réintroduire la couleur et de donner au textile une densité sculpturale. Fils libres, perles et cascades de fils complètent cette vision onirique, offrant une extension hybride à son exploration de la matière.
Enfin, au-delà de l'enchantement esthétique, l'œuvre d'Eva Jospin porte un regard subtil sur notre relation au paysage. Bien que l'engagement écologique ne soit pas le sujet principal mais plutôt un bruit de fond, la fragilité du matériau carton face à la puissance des formes représentées souligne la vulnérabilité de notre propre environnement.