« Je ne suis pas tellement intéressée par l'expression de quelque chose. Ce qui m'intéresse davantage, c'est ce que le matériau est capable de faire. »
Cette phrase résume bien l'approche de Ruth Asawa, dont le travail s'est développé sur plus de soixante ans.
L'exposition réunit près de 300 œuvres, parmi lesquelles des sculptures en fil de fer, bronzes, dessins, estampes et peintures. Cette rétrospective met en lumière une pratique fondée avant tout sur l'expérimentation : répétition du geste, attention au matériau, exploration des formes. Plus qu'un style identifiable, c'est une méthode de travail qui apparaît, constante et rigoureuse.
Ses sculptures suspendues en fil de fer, devenues emblématiques, transforment une simple ligne en volume. Les formes restent ouvertes et légères ; elles occupent l'espace sans l'imposer. La lumière et les ombres participent pleinement à l'expérience, changeant selon le point de vue du visiteur. À mesure que l'on circule autour d'elles, les volumes semblent se modifier, presque respirer.
Ses dessins prolongent cette même logique. Une ligne répétée devient structure, un motif simple acquiert une présence presque architecturale. Il n'y a pas de rupture entre les médiums : le dessin, la sculpture ou le bronze relèvent d'un même rapport attentif au geste.
Son parcours personnel, notamment son internement avec sa famille durant la Seconde Guerre mondiale, nourrit une réflexion sur l'espace et ses limites, sans jamais être illustré de manière littérale. Cette expérience éclaire son intérêt pour les notions d'intérieur et d'extérieur, de protection et d'ouverture.
Plutôt qu'un récit chronologique, l'exposition met en dialogue différentes périodes de son œuvre. Ce qui s'en dégage n'est pas une évolution spectaculaire, mais une grande cohérence ; une pratique exigeante, fondée sur la répétition, la patience et une écoute du matériau.