La Balade d'Amelie

L'exposition de Helene Schjerfbeck

L'exposition de Helene Schjerfbeck au Metropolitan Museum of Art de New York est une révélation silencieuse, un voyage au bout du regard qui consacre enfin cette icône finlandaise sur la scène américaine. Dans les galeries feutrées du Met, ses toiles agissent comme des aimants, capturant le visiteur par une économie de moyens qui confine au sacré. Schjerfbeck ne peint pas des visages, elle peint l'empreinte que la vie laisse sur l'âme. Son œuvre est une leçon de dépouillement : plus elle avance dans le temps, plus la matière picturale s'amenuise, jusqu'à ne laisser sur la toile qu'une vibration, un souffle, une présence presque spectrale.

L'exposition de Helene Schjerfbeck au Metropolitan Museum of Art de New York
L'exposition de Helene Schjerfbeck au Metropolitan Museum of Art de New York

Le parcours souligne l'évolution fascinante de cette artiste qui, bien qu'isolée physiquement dans la campagne finlandaise, est restée d'une modernité radicale. On y découvre ses premiers chefs-d'œuvre naturalistes, d'une maîtrise technique éblouissante, avant de basculer dans cette introspection stylisée qui fera sa gloire. Ses portraits, souvent des femmes de son entourage ou des autoportraits, sont dépourvus de tout artifice. Les traits s'effacent, les bouches ne sont plus que des traits, les yeux des ombres creusées, et pourtant, l'intensité psychologique est forte. Elle parvient à saisir cette solitude universelle que Louise Bourgeois explorait par la sculpture, mais Schjerfbeck le fait par la couleur, des tons sourds, des blancs cassés, des roses fanés qui semblent avoir été poncés par le temps.

La série de ses autoportraits tardifs constitue le cœur battant de l'exposition. C'est un face-à-face brutal et magnifique avec la vieillesse et la disparition. Schjerfbeck s'y observe sans aucune complaisance, documentant la décomposition de ses propres traits avec une honnêteté qui force le respect. Le visage devient un masque, puis une simple tache lumineuse dans le noir. C'est une peinture de la résistance, un corps-à-corps avec le néant où chaque coup de pinceau est une affirmation d'existence. Le Met réussit ici le pari de montrer comment une artiste, en se retirant du monde, a réussi à en peindre la vérité la plus nue.

L'exposition de Helene Schjerfbeck au Metropolitan Museum of Art de New York

Cette exposition est une expérience de recueillement nécessaire. Au milieu du tumulte new-yorkais, le travail de Schjerfbeck impose un silence de cathédrale. On ressort de ces salles avec la sensation d'avoir touché du doigt l'essence même de l'humain : cette fragilité qui est, paradoxalement, notre plus grande force.